Le cuir des mers made in Gwada

Écrit par 

Tout commence par une «vulgaire» peau de poisson sur laquelle Jean-Marc Meunier, vingt fois reviendra, pour la transformer au final en une peau noble, tannée, colorée que se disputeront les créateurs. Une idée aussi géniale que simpliste.

Jean-Marc Meunier est à l’origine menuisier charpentier de marine, avant de se spécialiser dans les interventions sur les bateaux de luxe. C’est parfait pour cet homme qui aime les matériaux nobles, le travail bien fait aux finitions parfaites. Jusqu’au jour où il découvre un reportage sur une jeune femme originaire d’Arcachon qui s’est spécialisée dans le tannage des peaux de poisson pour en faire un cuir. «Je suis simplement époustouflé. J’ai toujours cette vision de cette peau de poisson très odorante qui part à la poubelle. Et elle la sublime. C’est plus fort que moi, je dois essayer, même si je suis un profane dans ce milieu». Première étape pour Jean-Marc : rendre cette peau imputrescible. Un vrai challenge qui lui faudra des dizaines d’essais infructueux, des heures de travail et 4 années d’investigation. Mais il va réussir et fera en sorte que les peaux de colabata et de daurade coryphène se transforment à sa guise en un cuir souple, résistant qui n’est pas sans rappeler celui d’un reptile. «Dans l’avenir, j’aurai à ma disposition pas moins de dix espèces de poissons que je vais pouvoir travailler. J’ai déjà trouvé le procédé pour l’œil-de-bœuf, pas encore pour le thon marlin ou le thasard, mais c’est une question de temps». Du temps et de la patience, il en faut à revendre. Car entre le moment où notre apprenti tanneur récupère la peau chez le poissonnier et où il obtient le résultat final, un mois s’est écoulé. Mais qu’importe, car lui et ses deux associés Pascale Chazal et Bertrand Acaries croient fermement à ce projet encore très artisanal, mais qui devrait passer à un stade semi-industriel.

Du fait main et quelques secrets

image 1 cuir poissonSes fournisseurs, c’est son poissonnier qui prend soin de ne pas déchirer les peaux ou encore les restaurateurs, les traiteurs et prochainement Cap Créole. Mais finalement, c’est une aubaine pour tous. Car la loi va prochainement obliger les agro-transformateurs à payer pour se débarrasser de leurs déchets organiques. «Je dépose mon seau le matin et je le récupère à midi. Les peaux sont conservées dans l’eau jusqu’à ce que je démarre le processus de transformation. Lequel débute systématiquement par le grattage de la peau intérieure, pour enlever la plus infime miette de chair avant de passer à l’étape du tannage sur plusieurs jours pour rendre la peau imputrescible, sans odeur et rouge du tannin. C’est dans ce bain qu’il rajoute l’écorce d’acacia et quelques autres secrets de fabrication. Les peaux sont ensuite mises à sécher. Une opération délicate, car il faut juste la bonne dose de soleil. Puis arrive l’étape la plus harassante puisque pendant des heures, il va les étirer sur un outil qu’il a spécialement inventé pour l’occasion et inlassablement, il va assouplir le cuir en cassant la fibre de collagène. Cette étape peut aussi se faire de manière mécanique, dans les règles de l’art, en seulement quelques minutes. Puis c’est l’ultime étape de la coloration naturelle avec une très belle palette de couleurs.

Un cuir hors compétition

Il a installé son atelier dans son garage à l’arrière de sa maison à Saint-François. Chaque objet est à sa place ici l’ordre est roi. «Avec des pièces de cuir provenant d’un bœuf, vous pouvez faire un canapé, avec du cuir de la mer vous réalisez des objets d’une autre dimension comme des bracelets de montre, des anses de sacs à main, ou encore, il peut être associé à d’autres matières. C’est le projet de plusieurs designers qui ont vu le résultat de notre travail. Aujourd’hui nous donnons nos échantillons à des créateurs pour qu’ils les travaillent et nous fassent de la publicité. C’est un partenariat qui nous va bien pour commencer, car nous ne sommes pas en mesure encore de produire beaucoup. Par exemple je vais rencontrer le lunettier créateur Béatrix. Il a trouvé nos cuirs extraordinaires et c’est l’idéal pour l’intégrer dans ses montures. Il a raison Jean-Marc Meunier, car à bien y regarder, est en train d’éclore en Guadeloupe une activité de création locale haut de gamme. «Se lancer sur un produit moyenne gamme, c’est se battre sur le prix. Or, dans le luxe, la concurrence se fait sur la qualité jamais sur le prix». Il sera donc dénommé cuir de mer, plus chic c’est certain que «peau de morue», surtout lorsqu’il s’agit de démarcher de grands noms comme Chanel ou Hermès. Lesquels seraient très intéressés par ces nouvelles textures. «Un cuir lisse et imprimé, ils en ont tous. Mais une matière 100 % naturelle qui n’est pas travaillée au chrome, avec un design particulier ça change tout. Ils sont demandeurs. Nous serons présents pendant tous les grands moments de la mode comme les Fashion Week et nous présenterons le cuir marin exotique de la Caraïbe. Dans l’Hexagone, ils travaillent essentiellement les peaux de saumon, de carpe d’esturgeon, mais c’est du poisson d’élevage donc forcément plus facile pour la transformation».

Le beau a un prix

Aujourd’hui, outre atlantique, il existe 4 sociétés comme la sienne, dont une qui va passer au stade semi-industriel en mécanisation. C’est aussi l’ambition de Jean-Marc et de ses associés. Actuellement, ils montent des dossiers Feder, Ademe pour se mécaniser et dépasser leur maximum actuel c’est-à-dire 50 peaux par mois. «Nous avons trouvé le local. L’entreprise sera créée sous une forme juridique novatrice genre CSOP».
Ce qui signifie que ceux qui vont nous rejoindre auront le même degré d’implication que nous 3. Il y aura aussi des élèves de la faculté de chimie». Jean-Marc s’étonne que sur notre île si généreusement pourvue en matières 1ere, on ne sublime pas plus la vanille ou le café pour en faire des produits finis haut de gamme. Pourquoi pas des champs de vétiver, alors que les grands parfumeurs les achètent par tonne à Haïti. «Personnellement je vise le Japon. Ils sont ferus de mode et connaissent bien le poisson. Mais d’abord le marché français quand on sait que 80 % du cuir y est importé. Et avant tout, il y a le marché local. Je vois très bien une belle bouteille de rhum vieux avec une étiquette prestigieuse en cuir des mers ».

Marie-France Grugeaux Etna

 

Lu 436 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Plus dans cette catégorie : « Premiers pas en forêt

Trouvez : articles - vidéos - agenda

Date de publication

bouton abonnement gauche fr

videotheque portail fr

bouton dossiers fr

bouton annuaire agricole fr

bouton partenaires caraibe agricole fr

bouton agenda fr

petites annonces agricoles

Page Météo, recherche par ville, région, pays

↓  cliquez pour agrandir  ↓ pub footer 2

MON PANIER : Téléchargements numériques

Mon panier est vide

MON COMPTE : Abonnements papier                

Inscrivez vous et recevez nos Newsletter spéciales

QUI SOMMES NOUS

Site d'information et d'actualité sur le monde Agricole de la Caraïbe. Rencontres avec les hommes et les femmes qui font la Ruralité dans la Caraïbe.
Innovation, recherche, environnement, biodiversité, produits pays, escale gourmande, bien-être … Découvrez la diversité de notre agriculture !

boutons partenaires footer

instagram footer

PUBLICITE

PhytoCenter site agricole caraibe